Mardi 9 juin 2009

Un ami m’a raconté que lors de sa dernière mission au Gabon, le chauffeur qui l’accompagnait était très intelligent et aussi très bavard. Mon pote a très vite sympathisé avec lui et l’autre lui a bien rendu en le traitant davantage comme un ami que comme un client. Mon pote a pas mal de responsabilités, il est sans arrêt au téléphone et il a du courir de réunion en réunion à Libreville. Au moment de son départ, son chauffeur lui a dit avec un grand sourire « Tu ne vas pas bien. Si tu es énervé tout le temps comme ça, tu auras les cheveux blancs avant l’âge de trente ans. ». Il a terminé par un proverbe touareg vraiment à propos : « Un homme pressé est un homme mort ». Ca a complètement déprimé mon pote.

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Mardi 9 juin 2009

Je suis à Delhi, il est minuit et mon paquet de clopes est fini. Je demande à un taxi de me trouver un magasin où me ravitailler. On tourne 20 min sans rien trouver et on fini par demander conseil à un groupe de jeunes indiens qui sortent d’un bar. Ils nous recommandent  alors de nous rendre à un carrefour ou se croisent deux énormes avenues bien moches. On y va : rien, totalement mort. A force de tourner, je trouve deux ou trois personnes en train de dormir par terre au fond d’un passage piéton sous-terrain. J’en réveille une, elle se réveille tout de suite, parle très bien anglais, me propose un choix de cigarettes extrêmement large et quand elle me rend la monnaie, je me rends compte qu’elle a une quantité de cash hallucinante.

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Lundi 8 juin 2009
Toutes les semaines, mon pote Jean se fait une séance de 2h allongé sur son lit à mater son plafond. Sans musique, ni bouquin, ni personne, « dans sa bulle » comme il dit. Ce n’est pas totalement une bulle, car il entend les bruits de la rue et ceux des voisins. Ca s'apparente plutôt à une sieste, en été, à la campagne, mais sans le sommeil ni les mouches. Pendant la première demi-heure, sa tête « mouline les mini soucis de la vie », les coups de fils à passer, les bricoles à acheter etc… Ensuite, une seconde phase se passe où il ne pense à rien. Puis vient la troisième phase : celle où il pense à lui et « au reste », où des impressions se forment, des bons souvenirs remontent à la surface, des fantasmes se créent. A la fin des deux heures, il a le sourire.
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Mercredi 3 juin 2009

Une fois ou je me baladais en voiture dans la jungle congolaise, un soldat est apparu brutalement et m'a fait signe de m’arrêter. Le mec a vingt ans, il est armé et il veut que je l’emmène dans un village à 40 km. Pas de problème : je le prends à côté de moi et redémarre. Au début, l’arme posée sur ses genoux pointe vers moi, ce qui m’inquiète un peu. Comme après quelques minutes de conversations le mec semble se détendre, je lui demande de tourner son arme dans l’autre sens, ce qu’il fait sans problème. Un peu plus tard, suite à une de mes blagues un peu moisies, le mec se vexe, tourne son arme de nouveau vers moi et se tait jusqu’à l’arrivée.

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Mardi 2 juin 2009

Au Rajasthan, on trouve des palais de maharajas, des déserts arides et quand on a de la chance, des chevaux fins comme des pur-sang: les Marwaris. Leurs oreilles qui pointent l’une vers l’autre offrent un spectacle assez amusant. Un éleveur amoureux de ces Marwaris, avec qui j'ai discuté, m’a avoué que sa principale difficulté était de faire comprendre à ses fournisseurs, ses employés et même à ses amis qu’il voulait le meilleur pour ses chevaux. Dans un pays ou la plupart des gens n’ont accès à rien, le bonhomme passe pour un fou à vouloir offrir le gite, la nourriture, l’hygiène et l'entrainement à des animaux, non sacrés de surcroît.

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Mardi 2 juin 2009

Ce matin, un collègue indien est venu me voir timidement pour que je lui traduise en français une lettre d’amour qu’il avait écrite pour sa fiancée qui elle non plus ne parle pas français. La lettre commençait par ces mots : « Je t’écris dans une langue que tu ne connais pas afin que tu fronces tes petits sourcils, que tu te fatigues sur un gros dictionnaire, qu’après quelques minutes, tu commences à comprendre, que tu te prennes au jeu et que finalement un sourire et peut être même un rire détende puis éclaire ton visage. Je sais que tu feras cet effort car cette lettre vient de moi et que tu me fais confiance. On s’aime donc tu continues à avancer dans la traduction de cette lettre comme on avance dans la vie l’un avec l’autre, sans tout comprendre tout de suite, mais confiants ». Suivait une dizaine de lignes de descriptions de souvenirs et de promesses.

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Mercredi 20 mai 2009

Un peu avant mes 16 ans, ma cousine de 7 ans me demande ce que je souhaite pour mon anniversaire. Je lui dis que tout me ferait plaisir du moment que son intention est bonne. Elle me demande ce que ca signifie alors je lui explique que son cadeau doit représenter quelque chose, avoir une certaine valeur sentimentale, être le fruit d’un effort ou d’une petite réflexion. Elle s’en va songeuse. Le jour de mon anniversaire, fêté en famille, ma cousine me présente un tout petit paquet. Elle a l’air très tendue en me regardant l’ouvrir. A l’intérieur se trouve une pièce de 10 francs, moins de 2 euros, la moitié de sa fortune. J’ai envie de pleurer d’émotion en voyant à quel point elle est fière de son cadeau.

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Mardi 19 mai 2009
Je suis en Iran et je discute avec un jeune ingénieur de Tabriz. Il me parle de musique américaine en me disant que ce n’est pas tellement simple d’en écouter ici. En privé, oui, mais en groupe, non. Il me raconte quand même le récit suivant: l'été précédent, lui et quelques uns de ses amis (des mecs) se sont retrouvés dans son appartement un après-midi et ont fermé les rideaux pour danser comme des fous pendant plusieurs heures sur de la musique pop. Il termine en m’avouant que c’est la seule fois de sa vie ou il a dansé. Le mec a 24 ans.
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Mardi 19 mai 2009

Quand on va en Afrique, on vous dit qu’il faut faire attention car les Africains auraient une idée de la mort différente des occidentaux. A ce sujet, on vous raconte toujours la même anecdote, bien sûr invérifiable. Il s’agirait de deux Français en train de se balader en pleine rue dans une capitale Africaine. Un homme arrive et les menace d’une arme à feu pour obtenir leur téléphone portable. Les deux Français obtempèrent. L’Africain prend les portables, remet le flingue dans sa poche et tout le monde se détend. Alors, un des deux Français lui dit en souriant « je m’en fous, j’annule ma carte SIM dans 5 minutes ». L’Africain le tue d’une balle dans la tête. Encore une fois, invérifiable.

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Mardi 19 mai 2009

« Ma gamine est une conne et c’est une pute ». Voila comment Hervé parlait de sa fille de 18 ans. On était en 2008 et il travaillait dans la même usine depuis des années. Son mariage n’était pas très heureux et la vie de sa fille le déprimait totalement. Sur un des vieux tuyaux de l’usine qui n’avait pas été repeint depuis des années, j’ai retrouvé par hasard un vieux graffiti gravé au couteau : « 1990 – Naissance de Mélanie - Plus beau jour de ma vie – Hervé »

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